Du canot au bateau

Après la mésaventure du "Ouf!", nous avons rapidement rebondi. Déterminés à maintenir notre projet après ce revers, et conscient que celui-ci a grandi depuis sa naissance, nous avons cherché un nouveau support pour notre voyage expérimental. Notre choix s'est porté sur "Karukera", un robuste ketch en bois de 10,40m (Plan Herbulot, modèle Ambassadeur).

Après l'avoir mis à l'eau à La Rochelle début août, nous avons pu tester ses capacités en navigation pendant un mois sur la côte atlantique. Construit en 1968, il est radicalement différent des bateaux d'aujourd'hui. Habitués à des bateaux performants pour le portant (le vent venant de l'arrière du bateau), nous découvrons ici un support performant pour y remonter. Son important élancement, et son « petit cul » en font un bateau très confortable à la mer. Pour rattraper le volume qu'il perd, l'architecte Herbulot a été plein d'astuces pour rendre l'intérieur confortable et très habitable !

Le projet a donc évolué : profitant de ce volume, le voilier sera transformé en laboratoire autonome. Bien plus qu'une simple plateforme de test, une imprimante 3D permettra de faire du prototypage embarqué, et donc de réduire le temps entre retour sur expérience et optimisation ! Ce micro fablab nous permettra de revenir avec des protos opérationnels et performants, offrant un mode de vie plus adapté à l'expérimentation ! Découvrez le récit de nos navigations estivales dans les prochains articles !

Le Daïmio en péril : Avaries et perspectives !

Le convoyage : un « test » pour la sécurité

Inscrits à la régate du Tour de Belle-Île où nous voulons tester les performances du « Ouf ! », le convoyage qui précède nous pousse à faire un choix difficile. La météo annoncée est dure, 25 nœuds de vent et des creux de 2,5m, et pour rejoindre la Trinité-sur-mer depuis Arzal, il y a environ 7h au près.

Au-delà de la dure journée que les équipiers s'apprêtent à endurer, nous redoutons de la casse matérielle. Si nous n'aurions pas choisi de partir dans ces conditions pour une croisière, le besoin d’une réponse à la question « Le Daïmio peut-il naviguer au large ? » nous obsède. Il est certain que nous allons endurer des conditions au moins aussi grosses pendant le voyage, et pas forcément proche de la côte ni avec des équipiers expérimentés. Nous sommes donc équipés d'une balise de détresse, et à bord on s'attache.

L'avarie : frayeurs et désillusions

Arrivés au port exténués, nous nous réfugions dans une brasserie, et passons la nuit dans nos bannettes humides. C'est en naviguant le lendemain que nous nous rendons compte d’une importante voie d'eau ! Si la pompe de cale parvenait à étaler l'eau qui rentrait hier, elle ne le peut plus du tout aujourd'hui ! Même en l'aidant en vidant des seaux le niveau monte inexorablement. Nous sommes en train de couler !

Nous virons de bord (le bateau s'appuie sur son autre flanc), pour nous remettre sur le même bord que la veille. Là, je découvre une grande fissure sur le bâbord avant du bateau. Heureusement au-dessus de la flottaison, cette fissure ne fait rentrer de l'eau que lorsque le vent vient du côté tribord du bateau. Nous parvenons finalement à la Trinité-sur-mer, où Mathieu nous retrouve.

Si la course n'est plus à l'ordre de jour, nous nous questionnons sur l'origine de la fissure. Assez vite, nous réalisons que pour un diagnostic complet, il faut mettre le bateau à terre. Par chance celui-ci devait entrer en chantier lundi 12 mai. Il nous faut ramener le bateau de la Trinité à Arzal. Nous ne trouvons aucune solution économiquement viable pour le ramener en remorque. Il faudra donc faire une réparation de fortune et rentrer par la mer. On parvient à mettre un « patch » pour l'étanchéité dans les 24h qui suivent l'avarie.

Le bateau : safe ou pas safe ?

Au-delà de l'urgence gérée sur le coup, le test nous a appris plusieurs choses. La plus importante est que ce bateau ne résiste pas à ce genre de conditions. Au regard de la fissure, nous constatons que la coque n'est épaisse que de 3mm, soit la moitié de ce qui est prévu par l'architecte. Les experts maritimes que nous contactons réagissent au nom du chantier : CNSO n'est vraisemblablement pas réputé pour la qualité de ses constructions... Jusqu'ici le Daïmio a navigué dans des conditions qui peuvent sembler aussi dures, mais jamais aussi longtemps.

Nous nous concertons pour prendre une décision. Si la coque n'est pas assez épaisse, pourquoi ne pas rajouter un squelette ? Cela la rendrait suffisamment solide ! Un problème se pose pour l'installation de cette structure. Il va falloir détruire tout l'équipement intérieur pour effectuer les modifications qui rendraient le bateau suffisamment solide. Après les avoir effectuées, il faudra alors refabriquer un intérieur. Un chiffrage rapide nous amène à un prix de 8000€, le double de la valeur d'achat du bateau. Il va falloir trouver une autre solution.

Le projet : comment rebondir ?

Le tour de Méditerranée sans énergies fossiles a été pensé sur le Daïmio, et si la motivation première en était le défi, une conviction forte nous a rassemblé : nous devions partager les systèmes que nous concevions. Si notre rêve était de concevoir les outils qui nous permettent de voyager en autonomie, il parut évident de le rendre accessible à un plus grand nombre. C'est ce qui nous a poussés à vouloir développer des prototypes open-source d'objets nautiques, fabriqués par ceux qui n'ont pas nécessairement une culture technique élevée. Tester la validité de ces prototypes à bord d'un laboratoire mobile était pour nous la seule preuve que l'on pouvait apporter concernant la validité de nos prototypes.

L'avarie sur le bateau met en évidence l'aspect expérimental du projet. Il faut apprendre de cet échec et trouver des nouvelles solutions. Pourquoi ne pas profiter de cette épreuve pour définir un nouveau support, qui nous permette de valider plus de prototypes ? Pourquoi ne pas choisir un bateau assez grand pour embarquer une imprimante 3D à bord, faisant de lui le premier micro-fablab itinérant marin ?

A la recherche du nouveau support qui portera notre projet, nous sommes déterminés à atteindre les objectifs que nous nous étions fixés, en dépassant les déconvenues qui se présentent à nous !

Il faut pour l'instant ramener le Daïmio à Arzal, et faire l'expertise de l'avarie.

  • Marchandise Adrien
  • 09/05/2013

Présentation du Ouf!


La plateforme d'expérimentation est un Daimio (plans François Sergent) de 1974, appelé « Ouf ! ». Conçu pour un programme familial et côtier, l'ambition de l'Open Sea Lab est de le faire passer un cran au dessus. D'une part en augmentant son rayon d'action, le préparant ainsi pour des navigations au large. D'autre part en cherchant à améliorer sa performance, en utilisant l'ensemble des outils développés depuis les années 70.

Le bateau fait 7m de long, dispose de 4 couchages, et présente un volume important. Il offre donc une grande habitabilité pour sa taille, au prix de sa performance bien entendu.









Navigation au large


Un des objectifs du re-fit est de transformer le Daimio pour qu'il puisse naviguer au large, en sécurité. Convaincus de ses qualités marines, et de la résistance de sa construction, même 40 ans après sa sortie de chantier, nous pensons qu'il est tout à fait capable de faire des traversées semi hauturières. La plus longue traversée du voyage (Crête-Malte) fait 460mn, et le bateau devra naviguer au large entre 4 jours et une semaine. Avant le grand départ en mars 2015, la capacité du bateau à traverser de si longues distance sera évaluée par une traversée du golfe de Gascogne pendant l'été 2014. Cela nous permettra de valider nos convictions.

Au delà des qualités marines du bateau, il faut l'équiper pour la navigation au large. L'ensemble des équipements de sécurité (radeau de survie, détecteur de radars, centrale de navigation, etc.) représente à lui seul un tiers du budget.



Performance


Depuis la sortie du chantier en 1974, beaucoup de technologies et de savoirs ont avancé. Les nouvelles voiles, les routages, et autres matériaux plus légers permettent d'envisager un gain de performance entre la version standard et la version future du bateau. Celui-ci sera donc transformé pour être le plus performant possible.

Le plan de voilure sera réadapté, remplaçant le grand génois à recouvrement actuel par une voile à forte envergure, ressemblant à un inter. Cette voile devrait nous permettre de gagner quelques degrés pour remonter au vent. Plusieurs spis permettront par ailleurs d'accélérer au portant! Afin d'augmenter la raideur du bateau, l'équipement du bord sera matossé comme sur les bateaux de course actuels. Sauf dans la pétole (absence de vent) cela permettra de rendre la charge embarquée « utile ». Enfin la partie immergée du gouvernail, le safran, qui aujourd'hui freine plus qu'il ne dirige, sera repensé, et profilé. Les études d'hydrodynamique d'un des membres de l'équipe nous seront très utiles !



Voici un avant/après des premiers travaux effectués sur le Daimio (été 2013).



Energie/autonomie


Le projet Open Sea Lab est une plateforme d'expérimentation du Lab-REV. Essayer et valider l'ensemble des prototypes construits est donc un des objectifs. Dans le but d'être le plus autonome possible, l'énergie utilisée sera à 100% produite à bord. Il ne s'agit pas d'augmenter l'autonomie de la batterie, mais bien de ne pas utiliser l'énergie dans les ports. Des prototypes d'éoliennes et d'hydrogénérateurs seront ainsi fabriqués par impression 3D pour produire cette énergie, qui sera complétée par des panneaux solaires. Elle sera utilisée pour subvenir à l'ensemble des besoins de la vie à bord : éclairage, outils de navigation, etc. Dans cette démarche écologique, il nous paraît incohérent de conserver à bord le moteur thermique et le gaz de cuisson. Ils seront remplacés par un moteur électrique et une popote électrique basse consommation.

Le besoin énergétique est donc bien plus important que les quelques leds qui nous éclaireront à bord ! En utilisant des méthodes de cuisson à basse température, on peut envisager diminuer nettement la consommation énergétique de ce poste. Un cuit-tout à riz consomme par exemple beaucoup moins qu'une casserole classique. Quant au moteur électrique, le temps nous paraît très limité pour développer un prototype fiable. Celui-ci viendra donc probablement de l'industrie classique. On l'utilisera à basse vitesse, où il consomme beaucoup moins qu'à haute. Ainsi le canal du Midi au retour sera un test énergétique plus qu'une navigation bucolique. Il faut ainsi parcourir 280 Km sans voile, en utilisant exclusivement le moteur, avec l'énergie produite à bord. Les pronostics actuels nous permettent d'envisager une navigation de 4 à 14 jours dans le canal, selon la force du vent, son orientation, l'ensoleillement, etc.

Cette autonomie énergétique vise à limiter notre dépendance à la terre et ses ressources. Au delà de l'énergie, l'autonomie en eau et en nourriture est un enjeu. Un dessalinisateur sera installé à bord pour transformer l'eau de mer en eau douce. Concernant l'alimentation l'enjeu est plus complexe à traiter. Si on peut envisager pêcher notre propre poisson, il paraît difficile d'emmener une rizière à bord... Cela dit, toutes les pistes sont envisagées. On pourrait par exemple imaginer emmener une petite serre à bord qui produirait du basilic. On veut cela dit mettre en avant la performance du bateau, or plus l'équipement embarqué sera important, moins il sera rapide. Sur une plateforme limitée en taille, il va falloir faire des choix.

  • Marchandise Adrien
  • 01/01/2014